Harper’s Bazaar

Taylor Swift interviewe l’icône Rock’n’Roll Pattie Boyd aux sujets d’écriture de chansons, Beatlemania & le Pouvoir d’être du Muse

Pattie Boyd raconte à Taylor Swift qu’est-ce que c’est vraiment d’avoir été marié à deux des plus grandes légendes du Rock’n’Roll

Photographie par : Alexi Lubomirski; Fashion Editor: Joanna Hillman

Dans les années 60 et 70’s, Pattie Boyd se tenait à l’intersection de la mode, du rock ’n’ roll, de l’art et de la célébrité. Largement considérée comme une des plus importantes muses de tous les temps, Pattie, qui a été mariée d’abord à George Harrison et plus tard à Eric Clapton, a inspiré les titres Something des Beatles ; Layla et Wonderful Tonight de Clapton. J’ai récemment dévoré les mémoires de cette femme intrigante : Wonderful Tonight. Quelques semaines plus tard, j’ai eu le plaisir de m’asseoir en sa présence dans la cuisine de son bel appartement à Kensington. La lumière du soleil tapait contre les vitres, ajustant la la brillance de ses yeux bleus lorsqu’elle parlait. Il y a une qualité ludique à son sujet et, étonnamment, en considérant tout ce qu’elle a vécu dans sa vie, avec légèreté.

TAYLOR SWIFT : Je suis tellement excitée d’avoir l’opportunité de te parler parce que nous sommes toutes les deux des femmes dont la vie a été profondément influencée par des chansons et l’écriture. Je me tiens d’un côté et toi de l’autre. Est-ce qu’être considérée comme une muse est le mot selon toi ?

PATTIE BOYD : Je trouve que le concept d’être une muse est compréhensible quand on pense à tous les grands peintres, poètes et photographes qui en ont généralement une ou deux. Les artistes absorbent un élément de leur muse qui va au-delà des mots, juste la pureté de leur essence.

TS : Selon toi, qu’est-ce qui pourrait être un facteur donnant envie à l’artiste de communiquer avec toi à travers une chanson ?

PB : Je pense dans mon cas que George et Eric avait une incapacité à communiquer leurs sentiments lors d’une conversation standard. Je suis devenue une réflexion pour eux.

TS : Je me demande dans quelle situation Wonderful Tonight a été écrite et à quel propos ; maintenant je sais que cela parle de se préparer pour aller en soirée, mettre des vêtements et dire “je n’aime pas ci, je n’aime pas ça.”

PB : J’ai descendu les escaliers en trépignant pensant qu’il [Eric] serait furieux que j’aie pris autant de temps, au lieu de ça il m’a dit : “écoute, je viens d’écrire cette chanson.”

TS : C’est tellement incroyable.

PB : Mais tu devrais le faire également. Tu dois être inspirée par quelques moments anodins ou quelque chose, la manière dont ton copain se comporte ou te dit quelque chose ou un petit sourire ou “pense-t’il ceci ou cela ?” et cela t’inspire. Peux-tu l’écrire au moment où cela se produit ?

TS : En effet il y a des moments où un nuage d’idées me tombe dessus et je l’attrape et en fait bon usage. Pour beaucoup, l’écriture est l’apprentissage de choses, l’importance de la structure et cultiver ces compétences et savoir comment créer une chanson à partir de rien. Mais il y a des moments mystiques, magiques, des moments inexplicables, lorsqu’une idée qui est complètement formée se présente à mon esprit. C’est la partie la plus pure de mon travail. Cela peut être compliqué à beaucoup d’autres niveaux, mais écrire des chansons est toujours le même processus, loin d’être compliqué, que quand j’avais 12 ans et que j’écrivais des chansons dans ma chambre.

PB : C’est vrai, c’est vrai…

TS : Je ne sais pas ce que c’est qui fait que certaines personnes sont vraiment inspirantes et donnent envie de créer. J’ai parfois passé beaucoup de temps avec des personnes qui ne m’apportaient aucune envie d’écrire.

PB : Oui, maintenant qu’est-ce que c’est ?

TS : Je ne sais pas. C’est juste que certaines personnes entrent dans ta vie et ont un effet sur toi. C’est très intéressant parce que dans ton cas, tu as inspiré cet élan de création chez deux légendes. Cela me coupe le souffle. C’est très rare !

PB : Et bien, plus tu me le dis, plus cela me coupe le souffle.

TS : Tu as rencontré George Harrisson quand tu avais 19 ans sur le tournage de A Hard Day’s Night. Tout d’un coup ta vie a complètement changé parce que tu es tombée amoureuse de quelqu’un qui obsédait tout le monde. Il n’y a pas de plus grand groupe que les Beatles. Est-ce que quelqu’un t’avait préparé à autant d’exposition ?

PB : Non. Personne n’a eu ce rôle. Personne n’a pensé que ce rôle aurait une signification au départ. Je me souviens qu’un journaliste est venu à la maison un jour et à demandé à George : “très sérieusement, quand pensez-vous que la bulle va exploser ? Quand est-ce que les Beatles seront finis ?”

TS : Wow.

PB : s’ils pensaient ça, il n’y avait aucune raison de penser : “Oh, je vais faire attention à Pattie la guider à travers ce qui s’apparentera à une situation effrayante et difficile à gérer pour une jeune femme.” La seule chose que m’a dite, aux autres femmes et aux copines, Brian Epstein leur manager : “ne parle pas à la presse.”

TS : Est-ce que les fans ont été la raison qui a fait que tu as voulu vivre dans la banlieue ?

PB : Vivre à Londres avec George, il y avait tellement de fans chaque jours, c’était devenu impossible de quitter l’appartement. Brian Epstein a eu l’idée que John, Ringo et George déménagent en banlieue, vivre dans des petites maisons à une heure de Londres. Nous décorerions l’extérieur de notre maison avec des bombes de peinture. La maison ressemblait à un monstre psychédélique.

TS : Je me souviens avoir vu une photo de la maison, Mick Jagger et Marianne Faithfull avaient peint leurs noms sur le mur en écrivant “Mick et Marianne were here”. J’ai lu un livre sur Richard Burton et Elizabeth Taylor récemment, sur cette folle passion autour d’eux. Dans le livre, Elizabeth est citée disant “cela pourrait être pire, nous pourrions être les Beatles.” Tu es l’une des seules personnes qui peut dire qu’ils ont vécu cette Beatlemania depuis l’intérieur. Qu’est-ce que cela te fait ?

PB : Au début, j’ai trouvé cela absolument terrifiant. J’ai vu les Beatles jouer dans une salle à Londres et George m’a dit que je devrais partir avec mes amis avant le dernier titre. Donc on est parti avant la dernière chanson, on s’est levé de nos sièges et nous avons marché jusqu’à la sortie la plus proche et il y avait des filles qui nous suivaient. Elles nous ont poursuivi dehors, elles m’ont mis des coups, tirés les cheveux et nous ont poussés tout du long du chemin.

TS : Qu’est-ce qu’elles ont dit ?

PB : “On te déteste.”

TS : C’est mon pire cauchemar. Tu devais te sentir comme si “si tu m’avais connue et je t’avais connue, tu n’aurais pas tiré mes cheveux dans l’allée et dit “je te déteste”.”

PB : Exactement.

TS : Est-ce que la dynamique a changé avec les fans des Beatles maintenant que tu exposes tes incroyables photographies ?

PB : George n’est plus de ce monde, John non plus. C’était il y a tellement de temps, les fans n’ont pas gardé ce même sentiment antagoniste envers moi. En effet, ils semblent heureux que je partage les photos que j’ai prises. Une fois alors que j’exposais, des filles sont venues habillées comme je l’étais dans A Hard Day’s Night.

TS : C’est trop mignon quand les gens font ça, j’adore.

PB : C’est adorable.

TS : C’est incroyable de passer d’un sentiment incroyablement effrayant à l’idée de cette attention des gens qui aiment les Beatles à cet immense amoncellement de gratitude de leur part. Un des moments qui m’a le plus fendu le coeur dans les livres est, des années plus tard, Eric et toi se sont marriés, George et sa nouvelle femme Olivia sont venus à la fête du mariage, Paul est venu, Ringo est venu mais John n’a pas pu être là. Il a dit plus tard qu’il aurait aimé venir. Cette nuit a eue lieu un énorme boeuf, s’il avait été là, cela aurait été la dernière fois que les Beatles auraient joué ensemble.

PB : Tu imagines ? Cela m’a brisé le coeur.

TS : Cela m’a fendu le coeur aussi.

PB : John pensait qu’il ne pouvait pas venir car s’il quittait les Etats-Unis, ils ne le laisseraient pas y retourner et c’était important pour lui d’être aux USA.

TS : J’ai trouvé cela incroyablement beau dans le livre, la manière dont tu as traversé tant de bons et mauvais moments, et dit ces vérités étonnantes sur tes relations, mais tout le monde semble être en bons termes. Je veux dire, Eric t’a donné la permission de publier ses lettres d’amour. Qu’est-ce que cela demande pour parvenir à un bon terrain d’entente avec des gens avec qui tu as tant vécu ? Est-ce seulement le temps qui passe ?

PB : Je pense que le temps doit jouer un rôle important. Parce que tout se termine pour une certaine raison, il n’y a pas besoin de continuer dans la haine ou d’avoir de l’aversion pour cette personne. Puis, avec le temps, j’ai pensé: “Je vais juste appeler Eric et voir s’il me laissera utiliser ces lettres merveilleuses qu’il a écrites, et s’il a besoin de quelque chose en retour, il a juste besoin de m’appeler, même chose, et Je lui dirais “oui”. “Je pense que cela est basé sur mes souvenirs de comment c’était quand nous étions mariés et quel plaisir nous avions, l’amour que nous avons apprécié ensemble.

TS : Il me semble que tu prends le parti du passé, et pas seulement des bons souvenirs.

PB : Je le prends, absolument.

TS : Pour finir, quel conseil pourrais-tu donner à une femme de 28 ans profondément inspirée par ta perspective ? J’aimerais beaucoup pouvoir poser un regard sur ma vie avec la même clarté, sagesse et paix dont tu sembles faire preuve.

PB : Tu dois te souvenir que rien n’est gravé dans le marbre. Cela évoluera quoi qu’il arrive. Le monde entier n’arrête pas de changer, nous changeons, des choses dans nos vies changent. Rien ne reste tel quel. Si tu es heureuse ou triste, cela ne durera pas toujours. Tu dois juste te souvenir de cela.

Cet article est publié originellement dans l’édition d’Harper’s BAZAAR du mois d’août 2018, disponible à partir du 24 juillet.

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